sine-desproges

Ancien utilisateur
Ancien utilisateur

Etonnant, non?
(Siné-Desproges: autres revelations)

Je vous parle d'un temps que les moins de 40 ans (voire 45) ne peuvent pas connaître. En ce temps la, Pierre Desproges représentait chaque jour le ministère public aux Tribunal des Flagrants Délires sur France Inter. Nul ne dira jamais de combien de rendez-vous ratés, de combien de retards péniblement excusés, cette émission fut responsable au début des années 80. Rappelons les faits: ce Tribunal fonctionnait comme n'importe quel autre, a cette différence près , comme l'écrira Bernard Morrot, que ses membres étaient volontairement caricaturaux alors que dans un vrai prétoire, ils le sont en général malgré eux. Des stars du monde de la politique, de la chanson, du journalisme, du cinéma ou de la littérature défilèrent ainsi dans le box des prévenus pour s'en prendre plein la figure par un Desproges qui ne tenait aucun compte de leur notoriété. Non seulement la plupart d'entre eux supportaient assez bien le choc (ou faisaient semblant) mais souvent ils en redemandaient tant il est vrai que dans ce monde là, on se préoccupe peu de savoir comment sont embouchées les trompettes de la renommée chères à Brassens (un autre ami de Desproges). L'essentiel étant qu'elles sonnent. Aux flagrants délires, on ne risquaient pas de ne pas les entendre.

Si je vous parle de tout cela aujourd'hui, ce n'est ni par nostalgie, ni pour rendre un hommage posthume à l'ami Pierre, 20 ans (déjà!) après sa mort. Quoique, après réflexion, il le mériterait bien, le bougre! Cet homme a quand même écrit de très profondes pensées, comme celle-ci, que j'adore: 'je plains les hommes petits: ce sont les derniers à savoir quand il pleut"… Cependant, si je vous en parle, c'est parce que son nom a été utilisé dans l'affaire Val-Siné. On se souvient que Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie –Hebdo, avait jugé nauséabonde une phrase de Siné, un vieux routier du journal satirique. Ce dernier avait accusé Sarkozy Junior de vouloir, par opportunisme, se convertir au judaïsme à seule fin de pouvoir épouser la fille richissime des magasins Darty. "Il fera du chemin dans la vie, ce petit", en avait conclu Siné. Val avait alors senti que ce lien sous-jacent entre judaïsme, pouvoir et argent était de très mauvais goût. Comme Siné refusa de s'excuser, il fut viré. Tollé depuis dans la gauche parisienne, divisée entre les provals (qu'on trouve surtout à Libé) et les prossinés (regroupés autour du Nouvel Obs). Vous trouverez d'un seul click sur Google les prises de position des uns et des autres et les derniers rebondissements de l'affaire. Et notamment vous découvrirez que certains se souviennent fort à propos d'un réquisitoire de Desproges aux flagrants délires au cours duquel l'accusé du jour, Siné, était ainsi dépeint:

""Gorgé de vin rouge et boursouflé d'idées reçues, (Siné) présente à nos yeux blasés (...) la particularité singulière d'être le seul gauchiste d'extrême droite de France (...) masquant tant bien que mal un antisémitisme de garçon de bain poujadiste sous le masque ambigu de l'antisionisme propalestinien."

Or, Delfeil de Ton , copain de Siné depuis toujours, reproche aussitôt à ses détracteurs de se servir éhontement de Desproges pour condamner son ami. Dans un papier intitulé "Révélations sur Siné et Desproges", il écrit:

"Ces deux gars-là étaient des humoristes (… ) Les maîtres chanteurs à l'antisémitisme, pour étayer leur accusation contre Siné ( … ) vous sortent maintenant une tirade de Desproges qui condamne Siné sans appel. Elle a l'air terrible. Les sots et les ignorants peuvent s'y laisser prendre, mais c'est un trucage éhonté. Eh oui, c'était, figurez-vous, dans l'émission "Les Flagrants délires", sur France Inter. "Les Flagrants délires", procès POUR RIRE, parodie de la justice expéditive des tribunaux de flagrants délits où Desproges jouait une caricature de procureur et Siné, ce jour-là, l'accusé (…) Figurez-vous, bonnes gens, qu'en ce temps-là, Desproges et Siné travaillaient dans le même journal. Lequel s'appelait Charlie-Hebdo(… ) Les accusations portées par Desproges contre Siné et pieusement rapportées par des "philosophes", des "journalistes", c'était DE L'HUMOUR. Comme je vous le dis. C'était pas pour de vrai. C'était une blague entre copains. Alors, s'il vous plaît, lâchez-nous avec Desproges. N'abusez pas de son cadavre. Il vous clouerait sur place, s'il pouvait revenir. Et je vous parie que ça le démange."

Je conçois qu'un pote à Siné se porte à son secours, je conçois même qu'il puisse sincèrement croire qu'aucun relent de judéophobie ne l'animait lorsqu'il écrivit sa petite phrase maladroite. Mais que le réquisitoire de Desproges ne reflète pas le fond de sa pensée sur Siné, voila qui ne peut tromper que ceux qui ne prennent pas la peine de le relire. Le réquisitoire contre Siné fut l'un des plus mémorables et des plus terriblement efficace. Ceux qui pensaient que, précisément parce que travaillant tous les deux dans le même journal, on allait avoir droit à une certaine complicité collégiale en ont été pour leur frais. Le style desprogien est bien sûr humoristique mais, en l'occurrence, les flèches qu'il décoche sont bien réelles. Desproges ne tire pas sur Siné pour de rire mais pour faire mal. Jugez plutôt:

"Tel Tino Rossi pétrifié dans la Marinella roucoulophonique depuis les accords de Munich, Siné s'est figé depuis deux décennies dans les mêmes petits clichés franchouillards de gauche où s'enlisent encore les laïcs hystériques de l'entre-deux-guerres et les bigots soixante-huitards sclérosés que leur presbytie du cortex pousse à croire, contre vents et marées … que le gauchisme est encore une impertinence"

Desproges reproche alors à Siné sont anticléricalisme primaire, son incapacité à se remettre en cause:

"La constante dans l'œuvre de Siné, mesdames et messieurs les jurés, c'est que cet homme ne connaît pas le doute… Siné sait que les curés sont tous des salauds… Grâce a quoi, il peut se permettre de fourrer le moine Raspoutine et Mère Teresa dans le même sac a corbeaux… En ce qui me concerne, j'ai toujours été fasciné par les détenteurs de vérité qui, débarrassés du doute, peuvent se permettre de se jeter tête baissée dans tous les combats que leur dicte la tranquille assurance de leur certitude aveugle."

Après quoi, Desproges, sans pitié, n'a plus qu'à achever l'accusé déjà à terre en lui donnant le coup de grâce. Il va le traiter de l'insulte la plus blessante qui soit, tant pour lui que pour sa victime, habituellement fière de montrer son pseudo anarchisme à tous les passants:

"Vous êtes un militaire Siné. Vous êtes un sergent. Vous connaissez l'ennemi, tacatacatac, qu'on vous file un tromblon à la place de votre feutre à Mickeys, et tacatacatac, vous allez tuer, détruire, écharper. Vous êtes de ces pacifistes bardés de grenades et de bons sentiments prêts à éventrer quiconque n'est pas pour la non violence! Que vous le vouliez ou non, quelque chose en vous évoque ces bigots du machiavélisme pour qui la guerre de 14-18, c'est la guerre entre les méchants Allemands et les gentils Français…"

Et voila! C'était bien la peine de consacrer sa vie à se donner l'image d'un libertaire rebelle pour se faire ainsi traiter de militaire, de bigot et de patriote devant la France entière. Nul doute, mon cher Delfeil, qu'à ce moment là, Siné regrettât d'être venu. Mais ce n'est pas tout. Dans l'édition écrite des réquisitoires, Desproges a tenu à rajouter après le rappel de cette exécution radiophonique la phrase suivante: "Siné: ce dessinateur haineux, raciste et borné a foutu des boutons de rage à plusieurs générations de bien-pensants. Qu'il en soit ici remercié et qu'il crève." Dans "Vivons heureux en attendant la mort" paru peu après, l'ancien procureur reviendra, sans nommer son ancien accusé, sur la haine qu'il éprouve à l'égard des extrémistes de tous bords: "Maudite soit la sinistre bigote grenouilleuse de bénitier qui branlote son chapelet en chevrotant sans trêve les bondieuseries incantatoires dérisoires de sa foi égoïste rabougrie. Mais maudit soit aussi l'anticlérical primaire demeuré qui fait croa-croa au passage de Mère Teresa."

Tout cela pour vous dire, mon cher Delfeil de Ton, que si Desproges revenait, je ne suis pas persuadé que celui qu'il clouerait sur place est celui que vous croyez.

Vous me direz : mais à quoi donc sert cet edito? N'y a t-il rien de plus urgent à faire que de fourrer son nez dans les querelles de chapelles gauchisantes où s'opposent libérationnistes et nouvelobservateuriens? Certes, certes. Mais voyez vous, d'abord je ne pense pas que cette querelle autour de Siné soit un fait divers mineur. Je pense que BHL à raison d'affirmer à propos de l'affaire Siné "qu'aussi minuscule qu'elle semble, c'est une de ces "sécrétions du temps" dont Michel Foucault disait qu'elles n'ont pas leur pareil pour refléter, condenser, télescoper, l'esprit et le malaise d'une époque."(Il a raison, BHL, mais qu'est-ce qu'il peut m'énerver avec ces références inutiles…). .Je pense qu'en utilisant les mots qu'il a utilisés, Siné aurait dû savoir que ceux-ci véhiculaient ce que BHL encore a appelé "l'histoire, la mémoire, l'imaginaire qui les hantent" et que "derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l'écho de l'antisémitisme le plus rance. Derrière cette image d'un judaïsme tout-puissant auquel un Rastignac contemporain se devrait de faire allégeance, elle ne pouvait pas ne pas reconnaître l'ombre de notre premier best-seller antisémite national : "Les Juifs, rois de l'époque", d'Alphonse Toussenel (1845). "

Ensuite, j'en ai plus qu'assez de voir qu'on utilise Desproges pour justifier l'injustifiable. Déjà les partisans de Dieudonné avaient osé le comparer à leur idole, faignant de ne pas voir la différence entre un sketch haineux et un autre tournant l'antisémitisme en dérision. Il n'était donc pas question de ne pas réagir à cette nouvelle tentative d'en faire un défenseur de Siné et de ses idées.

Enfin, comme l'éditorialiste possède jusqu'à preuve du contraire le privilège indiscutable de choisir seul le thème de son édito, permettez moi de faire à tous ceux qui voudraient m'en faire le reproche, la fameuse réponse de Vendredi à Robinson Crusoé qui lui demandait de faire tomber des noix de coco en remuant le tronc de l'arbre (et que le grand historien Desproges nous a fidèlement rapportée):
- J'en ai 'ien à secouer, conna'd, c'est un bananier.

Ancien utilisateur
Ancien utilisateur

Et à quand un réquisitoire contre "Tintin et Milou" ou contre les blagues du jour de FW, sérieux ?

Ancien utilisateur
Ancien utilisateur

pierre desproges et les juifs. c 10 000 fois mieux que sine qu on a deja pratiquement oublie, tellement il est con-pletement idiot lol

http://www.dailymotion.com/fr/featured/video/x6jxm5_les-juifs_fun

Ancien utilisateur
Ancien utilisateur

Je pense que Siné a montré son vrai visage, cerlui d'un facho.

Forums

partagez et débattez