Une «Affaire Dieudonné» ? par D.Zoa

Ancien utilisateur
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La polémique entourant le fameux sketch anti-sioniste de Dieudonné fait rage en France. Chez nous, elle n’a pas eu l’écho qu’elle méritait. Voici toutefois la réflexion d’une jeune guyanaise qui porte le même prénom que l’humoriste mais ne lui est absolument pas apparentée.


Ce qu’il est convenu d’appeler «l’affaire Dieudonné» occupe la une des media depuis le 1er décembre 2003, date à laquelle l’humoriste franco-camerounais, déguisé en intégriste israélien, a joué à la télévision un sketch dans lequel il a brocardé la situation humainement intolérable imposée par l’Etat d’Israël au peuple palestinien.

Blaguer sur un Arabe ou un Noir, c’est admis
Le sketch de Dieudonné comportait en réalité deux parties. La première tournait autour de l'origine «arabe» d'un autre humoriste, Djamel, invité principal de l'émission «On ne peut pas plaire à tout le monde» animée par M. Marc Olivier Fogiel. Cette partie du sketch reposait sur le propos suivant: «C'est un scandale d'inviter les musulmans sur un plateau, quel exemple on donne à la France? A 20 heures 50! Qui vous dit qu'il n'a pas une bombe sur lui?». Ces propos du sketch n'ont manifestement pas causé de problème ni aux Arabes de France ni à tous les censeurs et autres donneurs de leçons ès anti-racisme. Ils sont passés comme une lettre à la poste, peut-être parce qu'ils avaient pour cible une des communautés sur lesquelles on a l'habitude de faire, sans risques de remontrances, toutes sortes de blagues. D'ailleurs, Djamel, présent sur le plateau, a bien rigolé.
Le discours sur l'Etat d'Israël sous contrôle strict
Quant à la deuxième partie du sketch, celle qui invitait tous les jeunes des cités à rejoindre «L'axe du bien, l'axe américano-sioniste, BUSH-SHARON », elle semble avoir mis le feu aux poudres, comme si Dieudonné avait bravé un interdit. Manifestement, les règles de bienséance non écrites en France voudraient qu'on ne parlât point de l'actualité du Moyen Orient de cette façon-là. Nous vivons dans notre pays sous le règne du conformisme dans toutes ses extravagances. L'on n'a absolument pas en France le droit de désigner Israël, cet Etat qui, depuis des décennies, fait fi des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies sans encourir le moindre risque d'être envahi, comme l'Irak, par les Puissances Occidentales, l'on n'a pas le droit de désigner cet Etat comme étant un Etat agresseur bafouant les règles du droit et de la morale internationale. « Les milieux autorisés », les commentateurs de la presse, le «microcosme», ont aussitôt entonné la même antienne: «Dieudonné a franchi la ligne rouge». Tracée quand, par qui et sur la base de quel critère? Dans la cacophonie actuelle, personne ne s'est soucié de répondre à ces questions. L'essentiel est de crier encore plus fort: «Dieudonné diffuse la haine antisémite».

La tradition culturelle africaine: exempte de racisme
Comment, peut-on se demander, un homme qui se réclame de l'histoire et de la culture africaines, qui ne cesse d'invoquer publiquement, en référence aux aspirations du Peuple Noir, les leaders noirs bien connus, Martin Luther King, Nelson Mandela, etc… se retrouve en première ligne dans l'antisémitisme, c'est-à-dire le racisme antijuif ? Que serait donc venu chercher dans cette galère un enfant revendiquant haut et fort une tradition culturelle et historique aux antipodes de l'antisémitisme? Véritable sujet de réflexion et de débat que les accusateurs et les détracteurs du comédien ne sont probablement pas prêts à engager.

Faut-il le rappeler, on a beau chercher dans le passé Nègre, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, l'on ne trouvera pas trace d'un seul penseur, d'un seul philosophe, d'un seul intellectuel, d'un seul leader Nègre, en Afrique ou dans la diaspora à travers le monde, qui ait préconisé, justifié ou formalisé pour la conscience culturelle et historique du monde noir, le martyre du peuple juif ou sa persécution. C'est au sein d'autres peuples, les Juifs les premiers le savent, qu'il faut aller chercher de tels faits.

Quand les Pouvoirs Publics s'y mettent…
C'est pourtant le Premier Ministre du gouvernement français qui le premier est monté au créneau: «l'on n'a pas le droit de blaguer sur tous les sujets». Depuis lors, il a été démenti par les sondages qui révèlent que 60% des français sont d'accord pour que les humoristes blaguent sur tous les sujets . Le 24 janvier 2004, son Ministre de la Justice lui a emboîté le pas en promettant une action en Justice et surtout, en laissant déjà entrevoir l'issue de la poursuite judiciaire annoncée: «la justice se montrera intraitable».

Ainsi donc, l'on se retrouve aujourd'hui devant une situation ubuesque: mis en examen par l'effet de l'action publique pour «diffamation raciale», Dieudonné est déjà pratiquement condamné avant un procès régulièrement mené devant une juridiction de la République. Tout cela pour avoir évoqué dans un sketch le nom d'Israël, en fait le gouvernement de SHARON, en des termes qui ne sont pas convenables pour certains milieux. Tout cela donne une impression de deux poids deux mesures, lorsqu'on a suivi les difficultés rencontrées récemment par une délégation de militants Noirs déterminés à attirer l'attention du réalisateur et du producteur sur le caractère foncièrement raciste de la comédie «Autant en emporte le vent ». L'affaire n'a pas semblé émouvoir grand monde.

N'y a-t-il donc personne dans notre démocratie, parmi notre élite politique, pour constater ce traitement injuste et déséquilibré? Pourquoi, en France, les expressions «l'axe du bien, l'axe américano-sioniste», «Isra-Heil», dites par un bouffon dans l'exercice de son métier, doivent soulever tous azimuts des indignations, notamment de la part des personnes physiques et morales se réclamant de confession ou de culture juive, lorsque dans le même temps, dire du Président Mugabe du Zimbabwe, pour ne prendre que cet exemple, qu'il est un dictateur en raison de sa réforme agraire controversée dans son pays, n'a jamais soulevé une salve de protestations indignées de la part de populations d'origine africaine.

Suivant quelle logique il doit être admis que les expressions à connotation culturelle et géographique doivent être mises en balance avec «les odeurs des Blacks»? N'y a-t-il donc personne dans notre pays pour être scandalisé ou regretter qu'un animateur vedette de télévision, Marc Olivier Fogiel en l'occurrence, ait utilisé l'expression «les odeurs des Blacks», comme s'il était naturellement acquis pour tout le monde que les Noirs dégagent des odeurs désagréables?

Il est vraiment ahurissant que la Justice française ait ratifié une décision prise, on ne sait dans quel sous-sol maffieux, d'annuler le spectacle d'un comédien français programmé à l'Olympia, sous le prétexte que «les parties n'ont pas pu se mettre d'accord sur les conditions d'organisation du spectacle, et notamment sur les mesures de sécurité qui incombaient à l'organisateur…». Un jugement à la Ponce Pilate, en contradiction d'ailleurs avec celui prononcé quelques jours plutôt à Lyon dans les mêmes circonstances.

Ils sont encore nombreux, nos concitoyens, à se poser la même question : comment, dans le cas d'espèce, l'Etat a pu céder à des menaces maffieuses et démissionner de l'une de ses fonctions régaliennes essentielles, celle d'assurer une mission générale de sécurité et de protection des citoyens, pour s'en remettre à des particuliers ? Qui donc daignera répondre à cette question ?

…et des associations juives de tous bords
Toute une panoplie d'organisations et d'associations juives de tous bords, des plus connues aux plus obscures, se sont engouffrées dans la brèche, galvanisées par la prise de position des Pouvoirs Publics français. La LICRA (la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme) a déjà déposé au moins deux plaintes pour «incitation à la haine raciale et antisémitisme» dans la même affaire. L'Union des Etudiants Juifs de France n'est pas en reste.

Il faut avouer que cette dernière n'en est pas à son coup d'essai dans cette affaire. Bien qu'il ait perdu jusqu'à présent tous les procès intentés à Dieudonné, ce «syndicat» des étudiants juifs croit toujours avoir trouvé en l'humoriste d'origine africaine une espèce de Menguélé, de Goering ou de Heichmann ressuscité. L'un de ses responsables estimait l'autre jour à la télévision qu'il en voulait à Dieudonné parce qu'il est allé plus loin que Le Pen.

Cependant, dans le cas d'espèce, c'est moins le procès en lui-même que le fait de s'en prendre de manière récurrente et paranoïaque à un humoriste, au «bouffon du roi», au «fou de la République» dans l'exercice de son métier, qui suscite vraiment des inquiétudes pour le fonctionnement de notre démocratie. On aurait aimé que toutes ces indignations s'arrêtassent au stade des actions en justice et que tout le monde attendît sereinement la fin des procédures engagées. Oh, que nenni! Parallèlement aux actions légales, des organisations et certaines personnalités indignées ont aussi entamé en sous main des actions obscures visant à sanctionner le comédien dans l'exercice de sa profession et ce, parfois même bien avant le déclenchement de «l'affaire».

Elles ont décidé d'exercer de fortes pressions pour annuler tous les spectacles programmés en France par l'humoriste ou pour en empêcher, séance tenante, le déroulement. Le plus étonnant est qu'elles y ont réussi grâce à l'incurie ou à la duplicité de la nomenklatura politique et judiciaire de notre pays.

L'on a ainsi entendu dans une grande radio un quidam, du nom d'Alex Moïse, se réjouir, au titre de «secrétaire général de la Fédération sioniste de France», d'avoir demandé et obtenu auprès du casino et de la mairie de Deauville l'annulation du spectacle de Dieudonné déjà en août 2003. «Dieudonné, poursuivait-il, est un Le Pen noir». Et notre secrétaire général de conclure qu' «il ne faut pas plus donner la parole à Dieudonné qu'à Le Pen». Rien que ça.

Bien que la Justice ait annulé la décision du maire de Lyon d'interdire le spectacle de Dieudonné dans sa municipalité, des individus ont malgré tout réussi à mettre brutalement fin au spectacle préparé de longue date par l'humoriste, en jetant sur l'auditoire une bouteille d'acide qui a blessé gravement deux spectateurs dans le public.

Les mêmes individus menaçaient de faire pire au cours de la représentation prévue à l'Olympia le 20 févier 2004. Ils ont ainsi donné prétexte au gestionnaire de la célèbre salle parisienne de décider et à la Justice de confirmer l'annulation du spectacle de Dieudonné prévue ce jour-là.

C'est la raison pour laquelle environ cinq mille citoyens sont descendus dans la rue en soutien républicain au comédien le 20 février 2004. Beaucoup de citoyens de notre pays trouvèrent, en effet, que c'en était trop. Ce rassemblement devant l'Olympia, son déploiement de force, ferme mais pacifique, a probablement changé beaucoup de choses dans l'esprit de ceux qui manifestement avaient déjà décidé d'en finir une bonne fois pour toutes avec Dieudonné.

Un philosophe dans cette galère…
L'on se demande par quelle alchimie le philosophe Bernard Henry Lévy, bien connu pour ses pérégrinations à défendre les opprimés à travers le monde, s'est retrouvé en curieux voisinage idéologique avec le sieur Moïse et d'autres groupuscules obscurs, en train d'exprimer les mêmes revendications concernant les sanctions «méritées» par Dieudonné pour de prétendus «dérapages antisémites».

Pour ses souhaits de bonne année 2004, Bernard Henry Lévy est allé jusqu'à émettre le vœu de ne plus voir Dieudonné se produire sur une scène en France. L'on est tout à fait fondé à penser que ceux qui ont exercé des pressions ou des violences physiques anonymes – personne ne les connaît, paraît-il – pour l'annulation ou l'empêchement des spectacles de Dieudonné se sentaient en communion morale et idéologique avec l'intervention médiatisée dans «cette affaire» de notre philosophe défenseur invétéré des opprimés du monde.

L'extrémisme et racisme : de quel côté ?
Quel que soit l'angle – juridique, médiatique, polémique, politique, historique – sous lequel on examine l'«affaire Dieudonné» et les questions qui en découlent, un déséquilibre injuste et outrancier au dépens du comédien crève les yeux. Dans les médias, les adversaires ou les détracteurs de l'humoriste ne cessent de passer pour les victimes «d'un Lepen noir». Une sorte d'extrémisme paisible, sous les apparences d'un discours visant à condamner «un humoriste qui abuse de sa position pour diffuser sans vergogne ses messages de haine antisémite», s'exprime donc à longueur de journée dans les chaînes de radio et de télévision publiques et privées depuis le 1er décembre 2003, accompagnant et cautionnant ainsi l'autre extrémisme, le violent, sans possibilité pour l'auteur incriminé ou ses amis d'avoir un véritable débat.

Cet extrémisme qui veille scrupuleusement à taire toute opinion jugée défavorable à la politique de l'Etat d'Israël n'entraîne-t-il pas en retour des appréciations tout aussi extrémistes, couramment entendues ici ou là? Il n'est pas rare aujourd'hui d'entendre dans les conversations privées qu' «il n'y en a plus que pour les Juifs dans les média en France, notamment depuis le déclenchement de «l'affaire Dieudonné» le 1er décembre 2003. Les télévisions, les radios, la presse écrite, tout le monde est descendu dans l'arène pourfendre la «haine antisémite» de Dieudonné. Quel déséquilibre dans l'information ?... ».

Effectivement, les détracteurs patentés occupent les média en mettant en exergue le fait que les propos tenus sur l'Etat d'Israël par Dieudonné relèvent, non du débat comme tout propos de nature politique, mais de «l'insulte et de la diffamation raciale».

De quel côté se trouve vraiment le racisme: dans «l'axe du bien, l'axe américano-sioniste» ou dans «les odeurs des Noirs»? N'y a-t-il pas lieu de regretter que cette même Justice qui s'apprête, conformément aux instructions de son Ministre, à condamner Dieudonné pour des propos tenus dans un contexte, celui de la plaisanterie, ait trouvé «l'infraction insuffisamment caractérisée» dans le cas du SMS confectionné par M. Fogiel et ses hommes pour stigmatiser, en représailles, «les odeurs des Noirs»?

Ne vaut-il pas mieux organiser un débat didactique, que de laisser des groupes religieux et mafieux confisquer l'espace politique et médiatique sur ces sujets, au grand dam d'une bonne fraction de la population de notre pays?

Moralité
S'il y a une moralité à recueillir de cette affaire, elle peut s'énoncer de la manière suivant: la lutte contre l'antisémitisme, c'est-à-dire contre le racisme, est une affaire trop importante pour être laissée aux seuls soins des groupes religieux et mafieux. Cette lutte n'est pas exclusive des valeurs culturelles et historiques des autres peuples. Elle interpelle tout homme, tout citoyen quelles que soient ses origines culturelles ou raciales, ses convictions religieuses ou philosophiques. Elle ne doit pas laisser cette désagréable impression d'être menée au dépens de la culture et de l'histoire des autres peuples, en particulier du Peuple Noir, autre victime multiséculaire du racisme.

Dans le cas contraire, alors il ne serait pas surprenant de voir se réveiller dans la cité ce qu'il est convenu d'appeler «la montée de l'antisémitisme en Europe». Les élites se réclamant du Judaïsme devrait particulièrement y veiller. Sur ce point, «l'affaire Dieudonné» laisse le goût amer d'une occasion manquée.

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