Israël

Quand ne plus être religieux est synonyme d'exclusion sociale

Par Feujworld Publié le
Florence Heymann, anthropologue du CNRS, a étudié le cas dans le cadre de son programme de recherche au Centre de recherche français à Jérusalem (CRFJ). Son étude de la « Construction, déconstruction, et des changements dans les identités religieuses en Israël », a montré que les mutations actuelles de la société israélienne concernant les multiples processus de recompositions religieuses, symboliques et sociales ont augmenté. Comme dans beaucoup de sectes, “aucune souplesse n’est tolérée dans les opinions, dans les attitudes, ni dans la conduite des individus, qui doivent montrer une allégeance totale”, explique la chercheuse au CNRS.

Le changement tape à l’œil parce qu’il est souvent plus extrême qu’un simple changement social chez un non-religieux. En effet, ces individus qui virent de bord viennent pour la plupart d’un milieu social très orthodoxe et la société qui les accueille l’est beaucoup moins ou pas du tout dans certains cas. On en compte près de 1300 chaque année. Des juifs ultra orthodoxes qui changent leur système d’appartenance social. Ils changent de voie, et certains jeunes se retrouvent sans attaches sociales.

L’association Hillel à Jérusalem s’occupe de ces personnes qui lui demandent de l’aide, elle leur donne ce soutien psychologique qui leur fait défaut. En effet, ils se détachent de leur mode de vie bien structuré et d’un cadre social qui, même contraignant, leur procuraient un sentiment de sécurité et un but dans la vie. Mais pour certains le changement reste moins drastique.

Un article du quotidien Haaretz paru en Janvier retrace le parcours d’une famille entière qui est sortie de ce milieu ultra-orthodoxe de Mea Shearim pour s’établir dans un milieu qui l’est moins à Bet Shemesh. Ils sont resté religieux mais le père de famille explique : « Ils nous disent que la torah c’est la Vérité mais ils ont inventé leur propre Torah avec des règles de pudeurs extrêmes et des idées préconçues qui ne riment a rien. Les Rabbins ont raison, ceux qui ont Internet ne peuvent rester orthodoxes ». Pourtant certains religieux l’ont fait en mettant internet avec une protection. Il semble que la famille recherche sa vérité, cet équilibre entre religion et vie sociale qui les satisfera plutôt que de vivre avec ce pré-acquis.

Internet ? La sortie de la femme religieuse dans le monde du travail ? Les raisons de cette remise en question peuvent être multiples, toutefois elles ne mènent pas dans tous les cas à un abandon total de la religion et à une rupture avec le cocon familial.

Une étude de l’anthropologue Shlomi Doron de l’Academie d’Ashkelon révèle un comportement radical qui a lieu chez les familles des « sortants ». Ils établissent 7 jours de deuil comme si leur enfant était mort. Il observe que ce phénomène intervient surtout dans les milieux Ashkénazes. «  Dans les milieux Sépharades, le cadre et l’union familiale sont trop importants ».

Le proverbe de Michlé (Ecclesiaste 22,6)  explique pourtant "Eduque l’enfant selon sa voie".
Il s’agit dans un premier temps de mettre en place un cadre éducatif dans lequel vont s’exprimer des valeurs éducatives authentiques et basées sur la Torah correspondant à la conception du parent.

Dans un second temps, ou plutôt dans un même élan, il faudra s’efforcer d’appliquer « selon sa voie », c'est-à-dire de découvrir le chemin de l’enfant, sa spécificité au niveau de son caractère et de sa personnalité. L’étouffement social et les idées préconçues des milieux ultra-orthodoxes empêchent parfois l’expression de cette personnalité. Ainsi un enfant qui veut faire des études, qui fait l’armée, qui change de code vestimentaire est « mal vu «  par sa communauté.

Toute éducation qui ne tient pas compte de la spécificité de l’enfant et qui voudrait le modeler de manière préconçue est vouée à l’échec. Toute autre démarche risquerait de brimer l’enfant et est susceptible de l’empêcher de devenir celui qu’il est appelé à être.

 



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